''Il vaut mieux se perdre dans la passion que de perdre sa passion''




lundi 15 juillet 2019

51 dans presque rien


C'est avec quelques doutes que j'emprunte la route qui mène à la partie amont de la petite rivière qui passe non loin de mon domicile. Je suis dans le doute car je me demande s'il y a encore quelques truites vivantes dans ce qui n'était plus, l'automne passé, qu'un triste et vague cours d'eau asséché avec par-ci et par-là quelques gouilles peut être salvatrices remplies d'une eau brunâtre. Avec le déficit pluviométrique et les canicules maintenant devenues la règles chaque été, je ne me fais plus guère d'illusion sur le sort des salmonidés qui doivent vivre dans l'eau fraîche et oxygénée. Je me rappelle très bien de ce jour lorsque l'année passée nous nous rendions avec Claire chez notre architecte afin de discuter de notre projet de rénovation de la maison: en parcourant la même route qu'aujourd'hui, je stoppai la voiture à deux pas d'un pont qui enjambe la rivière pour y jeter rapidement un coup d'œil. En me penchant par dessus le garde-corps, ce que je vis me fit un choc et je pu directement observer le fond sans devoir percer l'opacité variable de l'eau. En retournant à la voiture je me dis que tout était foutu et que les belles truites observées durant le printemps avaient sûrement péris et rejoins depuis longtemps leur propre paradis. Celui où les pêcheurs, cormorans, harles et autres prédateurs n'existent pas. Là où les eaux sont perpétuellement claires, fraîches et limpides et où la flore riveraine est toujours verdoyante. Là-bas, toutes les truites deviennent énormes et les nuées d'éphémères qui dérivent sur l'eau sont gobées à la surface par ces mêmes truites qui soit dit en passant, manque même d'ardeur tellement la nourriture est abondante et facile à se procurer...
C'est donc aujourd'hui avec un scepticisme certain que je parcours les derniers kilomètres avant de laisser ma VW sur le bas côté de la route non loin de la rivière. Je tire le frein à main et éteins le moteur. En sortant de la voiture j'entends au loin le joyeux bouillonnement de l'eau et aussi les grillons dans le près d'à côté. Je passe mes G3 et mes vieilles godasses bien entamées, monte ma Scott et endosse mon gilet. Le tout prend au maximum cinq minutes et je me dirige sans tarder vers la rivière en courant presque d'impatience. Je m'arrête presque en haletant. Le niveau est parfait et l'eau est claire. Il n'y a pas de traces d'un autre pêcheur sur le gravier fraîchement déposé par la dernière crue. Et les truites? Se sont-elles réincarnées? Ont-elles résisté? Je passe ma soie dans les anneaux et attache une belle imitation d'olive en CDC montée sur un hameçon numéro 14. Je l'ai faite la veille et je trouve qu'elle a fière allure une fois accrochée à mon porte mouche. Il y a déjà quelques mouches qui dérivent sur l'eau mais les gobages qui devraient fendre la surface se font attendre. Tout est tranquille en ce début de soirée. Beaucoup trop tranquille à mon goût. J'effectue quelques faux lancers et de belles dérives pour me dégourdir le bras. Mais bon, c'est pas le top ce soir. Il y a des mouches sur l'eau mais voilà, ça gobe pas. L'horloge tourne et l'entrain du départ laisse place au doute et les questions fusent dans ma tête. Est-il vraiment sensé de venir ici alors que l'année passé seul un filet d'eau permettait à peine d'humecter le fond de ce qui ressemble aussi aujourd’hui, plutôt à un gros ruisseau qu’à une rivière? Y'a sûrement plus que des chevaines ici et peut-être bien qu'ils ont eux aussi crevés!


Je me ballade sur les berges en essayant de rester optimiste quand, une fois arrivé près d'une cabane posée dans une belle clairière située à deux pas de la berge, un gars grisonnant et moustachu portant une casquette m'aborde et me demande ce que je pêche. Il est accompagné de madame qui elle-même porte un foulard sur la tête.
''Bonjour! Qu'est ce que vous pêchez?'', me dit-il avec un fort accent du coin.
''Bonjour! Des truites, il y a des truites dans cette rivière.'' En fait je ne sais plus vraiment s'il y en a encore mais sur le moment, j'essaye de me persuader du contraire...
''Avec ma femme on était ici l'été passé avec mes petits enfants et on marchait sur les pierres!''
Et madame d'enfoncer encore un peu plus le clou en ajoutant: ''c'était vraiment terrible, y'avait pratiquement plus d'eau! A quoi vous pêchez?'' me dit-elle.
''A la mouche, je pêche à la mouche.'' lui dis-je dépité par ce que je viens d'entendre en lui montrant un peu bêtement mon artificielle accrochée à ma canne. Comme si celle-ci pourrait être la preuve qu’il y a encore des truites cachées quelque part dans les méandres qui nous entourent. Ils regardent cette chose faite de plumes enroulées sur un hameçon. Monsieur me dit: ''Vous attrapez des poissons avec ça...?''. Je leur réponds que oui et je décide, le moral dans les chaussettes, de ne pas trop m'attarder et nous nous saluons en nous souhaitant une bonne soirée.


Je quitte la clairière et me dirige vers un bon poste qui se trouve sous les arbres. Là-bas, la berge est creuse et bien à l'ombre durant la journée. Je m'approche à petits pas et me fige à bonne distance tel un héron près à bondir sur sa proie. L'attente n'est pas longue et j'observe deux truites qui gobent régulièrement dans la veine principale en fin de courant. Enfin un signe de vie! Je m'approche un peu, évite quelques branches et me positionne au mieux afin de lancer ma mouche dans la veine principale, celle qui amène les petits voiliers à la dérive à peu près tous à la même place. Et c'est là, juste dessous, que les truites arrivent comme par magie à distinguer une brindille ou un autre quelconque objet d'une éphémère. Ces petits insectes ailés source de nutriment nécessaire à la vie de ces merveilleuses créatures à la robe moucheté de points noirs et rouges. Mon artificielle se pose délicatement et au grès du courant, passe dans la veine et est rapidement aspiré dans l'eau. J'amène vers moi la truite qui vient de se faire leurrer, je me baisse pour la saisir mais elle se décroche juste à quelques centimètres de ma main droite. Franchement, ce n'est pas grave est c'est plutôt heureux même. La vision de ce poisson me prouve enfin que mes inquiétudes n’étaient pas vraiment fondées et que malgré le niveau d'étiage alarmant l'année passée, les truites ont, je ne sais comment, miraculeusement survécus. Je progresse en amont et prends encore quelques beaux spécimens prouvant par conséquent que même plus en haut, les salmonidés ont tenu bon. La soirée est déjà bien avancée et il faut bien se résoudre à rentrer car l'obscurité commence à devenir de plus en plus impénétrable. Les oiseaux se sont tus et les premières chauves-souris font leurs apparitions. Le monde de la nuit commence à se réveiller et croise celui de la journée. Le chant du martin pêcheur retenti encore une dernière fois dans les bois et tout devient calme. Il devient difficile de voir ma mouche et il commence à faire frais.


Malgré tout, j'emprunte le chemin qui passe à travers la forêt pour me diriger dans un méandre lent et profond. Je m'approche à petit pas et en amont j'observe un gobage au milieu du courant. Je lance ma mouche et la passe à plusieurs reprises mais rien ne monte. J'hésite un peu et je me dis que c'était sûrement un chevaine. Je regarde en face de moi et distingue clairement les silhouettes caractéristiques de ces poissons qui se tiennent en banc. Ceux-ci, sont à peines visibles, ils sont au fond près de la berge creuse. Pourtant, quelque chose me pousse à lancer encore, et je pose ma mouche en pensant déjà avec regret qu'après ce dernier lancer, il sera grand temps de rentrer. Celle-ci dérive deux mètres puis est gobée. Je ferre et là, je ressens tout de suite le poids du poisson et ma petite Scott en fibre de verre s'arque sérieusement. Ce poisson est lourd et il fait un rush en aval en direction de la berge creuse, celle où les chevaines étaient il y a encore quelques secondes et ils ont dû décamper avec le fracas que je fais maintenant! Il y a des branches au fond et bien entendu, le poisson se dirige tout droit dedans. La seule option est de le brider à mort en espérant que mon bas de ligne en 15 va tenir bon. Miraculeusement, j'arrive à le stopper dans sa course, il lâche la pression, se retourne et il saute hors de l'eau. J'observe sa silhouette et je reconnais tout de suite les points rouges et noirs caractéristiques. Je m'en foutais un peu avant parce que je pensais que c'était un poisson blanc, un cyprinidé, un mal aimé des pêcheurs de truites.


Et là, à la vision de ce ''muscle car'' qui gigote dans tout les sens et qui veut à nouveau repartir dans ce satané tas de branche, je réalise soudain que je suis en train de tenir une magnifique truite. Je retiens ma respiration tellement je crains que tout bascule en un instant. Il en faut un peu de la chance dans ces moments-là et la chance fait justement que le poisson commence à faiblir, ses lancées sont de moins en moins fracassantes. Je prends mon épuisette et après deux tentatives infructueuses qui me font des sueurs froides, j'arrive enfin à le faire entrer! Je n'en reviens pas, je suis abasourdi et jamais je n’aurais imaginé une chose pareille, ça me tombe dessus. Un poisson si gros dans une rivière si petite qui plus est quasiment asséchée l’année passée… Je pose ma canne sur la berge et laisse l’épuisette de manière à conserver le poisson dans l'eau par ce que ce serait trop con de le foutre en l’air. Je fais le plus rapidement possible une photo, observe et mesure cette merveille de la nature. Ma Scott de 6’6 semble ridicule à côté. C'est tellement incroyable de tomber sur un spécimen si grand dans ce qui n'était l'année passée qu'un filet d'eau, voir presque rien. Je le remets sans tarder dans le courant et il repart à plein gaz. Sa silhouette disparaît dans les profondeurs. Il n’y a plus de bruit autour de moi. J’entends l’eau s’écouler silencieusement dans ce méandre tranquille. Même le chant des grillons a cessé. La nuit est tombée et il ne reste plus que quelques lueurs pour pouvoir se diriger sur l’étroit chemin forestier du retour.

Angelo

mardi 2 avril 2019

Impressions du mois de mars


Voilà, il était grand temps de dépoussiérer mon blog après ce long hiver par un nouvel article et quelques photos prises dans les environs des rivières que je fréquente habituellement depuis bien des années et cela avec toujours autant d'entrain. 





Le miracle de la nature c'est qu'au fil des saisons elle nous offre toujours une multitude de choses à observer. La pêche justement est un formidable argument pour se rendre dehors canne à la main au bord de la rivière. A l'ouverture, dans le froid encore piquant de l'hiver, lorsque je passe mes waders pour la première fois de l'année et que je monte ma canne et endosse mon gilet, je ressens cette excitation particulière de la passion qui depuis tous ces mois d'attente s'éveille à nouveau en moi. Je me dirige rapidement vers la rivière choisie pour ce premier jour, marche sur la berge et entre dans l'eau. 





Dans le courant, mes jambes ressentent aussitôt le froid du liquide qui les entourent. Je communie avec la nature et j'ai l'impression d'être passé de l'autre côté, celui depuis lequel on a l'impression de voir l'univers de l'intérieur. L'animal qui est en moi s'exprime dans la froideur ambiante comme s'il avait retrouvé ses origines lointaines. Celles des premiers hommes disparus depuis la nuit des temps et vêtus de peaux de bêtes et munis de harpons à la recherche de nourriture. Serait-ce leur gènes qui m'amènent au bords de l'eau avec à chaque fois autant d'ardeur?





C'est toujours aussi surprenant mais le mois de mars et aussi celui ou les oiseaux recommencent à sortir de leur mutisme hivernal et leur chants annonciateurs des beaux jours emplissent la forêt d'une multitude de mélodies joyeuses et légères. Oui, il y a de la légèreté dans cette douce cacophonie qui s'élève dans la canopée. 





Il faut chercher un peu dans les zones à l'abri et aussi bien ensoleillées pour trouver un peu de végétation en fleur. A mon grand étonnement, il y a déjà quelques papillons qui virevoltent de fleur en fleur pour leur extraire un peu de nectar.





Le mois de mars ce n'est pas le plus démonstratif car la nature se réveille à peine et les mois qui suivront seront définitivement plus spectaculaires en comparaison. Même si la pêche reste toujours aléatoire en ce début de saison, cela vaut toujours la peine de sortir car les balades au bord de l'eau canne à la main sont toujours autant revigorantes.





En plus de mes photos, je vous mets des liens sur une nouvelle série de cinq films intitulés Mosquitos & Mayflies et tournés en Laponie en 2018 par Rolf Nylinder. Cette série est magnifique et la bande son jazzy est un vrai régal. Je ne m'en lasse pas. Aussi, je me réjouis cette année de partir en Laponie Suédoise. Cette région à l'avantage d'avoir la plus faible densité humaine d'Europe, se trouve près et même au dessus du cercle polaire arctique et présente une multitude de lacs et rivières qui, parait-il, regorgent de salmonidés qui n'ont encore jamais vu de pêcheurs...

Angelo








jeudi 11 octobre 2018

De la continuité des gobages


C'est difficile de l'admettre mais la saison de la pêche à la truites en eau vive s'est à peine terminée. Tout ceci n'est déjà plus qu'un lointain souvenir et je pense à toutes ces belles heures passées au bords de l'eau à fureter sur les berges à la recherche de ronds apparaissant sur l'eau. 
J'aime observer ces manifestations laissées par les salmonidés et autres poissons moucheurs à la quête d'insectes venus se poser sur la surface froide du monde liquide. Pour le pêcheur à la mouche sèche que je suis, ces ronds sont le centre de tout. Le plus captivant, c'est d'observer en restant hors de sa vision, une truite qui godille nonchalamment au grès du courant dans l'eau transparente et tout près de la surface. Il y a de la légèreté dans ce corps élancé et parfaitement adapté à sont environnement. Une éphémère passe à proximité et dans une synchronisation parfaite, la truite s'approche de la surface, ouvre sa gueule et l'insecte s'engouffre littéralement dedans. Un rond sur l'eau apparaît et l'onde se propage alentour.
La truite ferme sa gueule et dans la continuité de son mouvement qui l'a amené à la surface, elle arrondie son dos et regagne son poste. Mais la pensée de la beauté et de la finesse de ce geste délicat n'arrive pas à chasser une certaine anxiété qui me préoccupe depuis des années. Je ne peux m'empêcher de penser à cette été et à ce début d'automne particulièrement sec. Pour un pêcheur de rivière, cela influence tout. Sans eau, il n'y a pas de vie et bien entendu pas de poissons.
Durant toute cette période, les nouvelles lues dans la presse ou vues à la télévision n'ont eues de cesse de nous rappeler que le réchauffement climatique, qui semble aux yeux des scientifiques se confirmer, se répétera de plus en plus souvent. Il suffit de se pencher un peu sur la chose pour comprendre les enjeux futurs pour les pêcheurs de salmonidés en rivière. Fonte des glaciers, fonte des calottes polaires, augmentation de la température des cours d'eau, étiages en période de sécheresse encore augmentées de manière dramatique par les pompages agricoles pour l'irrigation des cultures. L'or bleu, cette ressource si abondante sur la terre deviendra un enjeu crucial non seulement pour nos rivières de plaine mais aussi de moyenne montagne.
J'ai beau habiter sur les contreforts des Préalpes mais ici aussi, les problèmes sont particulièrement visibles. A la période d'étiage estival, il faut ajouter des problèmes liés à la production électrique et aux barrages monumentaux qui ont été, par exemple, érigés sur la Sarine cet affluent de l'Aar et du Rhin que je pêche depuis mon enfance et qui était autrefois une rivière à saumons. Ces satanés barrages et leur centrales électriques qui ne cessent de faire fluctuer le niveau de la rivière tous les jours à maintes reprises et qui diminuent de manière non négligeables les chances de survie des juvéniles.
A cela il faut ajouter l'assèchement déjà effectués depuis des décennies et à des fins agricoles de tous les marais et prairies humides qui sont de véritables éponges qui absorbent l'eau et qui la restituent progressivement en évitant que les niveaux des rivières chutent rapidement entre les périodes de pluies. Il y a aussi les pollutions agricoles aux lisiers et de toutes sortes de produits phytosanitaires. Et encore celles de nature industrielles et aussi accidentelles faites par le commun des mortels. Et pour couronner le tout, il y a la maladie rénale proliférative MRP ou PKD en anglais et la Saprolegnia Parasitica. Ah oui, j'oubliais. Il y a encore nos propres déjections et avec cela les substances médicamenteuses que nous consommons et leurs lots d'hormones de synthèses qui modifient le sexe des poissons...!
Inutile de continuer. C'est effrayant, la liste semble interminable. Je le sais et finalement toutes les personnes qui s'intéressent un tant soi peu à l'écologie le savent, les enjeux sont énormes pour ce qui reste aujourd'hui de nos belles rivières d'autrefois. La pression humaine sur les écosystèmes ne cesse d'augmenter et je ne sais pas si dans dix ou quinze ans les rivières que je pêche seront encore pérennes.
Quand j'étais gamin, j'étais plein d'espoir et je n'avais de cesse de rabrouer mon père qui se plaignait de la qualité de nos rivières. Il n'arrêtait pas de me dire qu'il n'y avait plus rien, que par rapport aux années soixante-dix on pêchait plus rien. Je lui répondait que ça allait revenir, que nos autorités feraient le nécessaires pour revitaliser et que l'abondance serait de retour bientôt. J'étais plein d'espoir.
Aujourd'hui et cela trente ans plus tard, mes cheveux poussent blancs sur mes tempes et qu'en est-il globalement de la qualité des cours d'eau? Je vous laisse réfléchir et penser à vos rivières préférées. De mon côté, c'est plutôt mi-figue mi-raisin. Il y a encore des joyaux mais les cloaques de l'époque le sont encore. La biodiversité est en péril et pas seulement dans les écosystèmes aquatiques .
La conservation de nos rivières est un vrai défi et leur avenir est plus que jamais sur le fil du rasoir. Je termine tout de même cet article sur une note positive et j'ose penser que l'année prochaine et les années suivantes seront sereines malgré tous les problèmes que nos rivières devront faire face.
C'est ce que je souhaite. Que les éphémères soient encore nombreuses à se poser sur l'eau pour que les générations futures puissent comme moi, un jour, observer dans la nature une belle truite sauvage faire des ronds à la surface de l'eau.



Angelo

samedi 4 août 2018

Glomma

La haute Glomma en dessus du parcours Kvennan
C'est en parcourant en voiture les routes qui traversent les forêts boréales et les prés entourés de magnifiques Epilobes en épi en fleurs que nous découvrons furtivement la majestueuse Glomma. Il fait beau aujourd'hui. Nous nous sommes levés enthousiastes et de bonne humeur. L'équipe est constitué de cinq pêcheurs, du guide Jean-Philippe et de notre accompagnant Olivier de PlanetFlyFishing. La veille, nous avons été chaleureusement accueillis dans la vieille ferme Norvégienne rouge par Jean-Philippe et son épouse Stéphanie ainsi que leur petite enfant des neiges, Sophie. L'ensemble et constitué de plusieurs bâtiments et la partie la plus ancienne a deux cent trente ans. L'été, Jean-Philippe accompagne les pêcheurs sur la Glomma et autres plans d'eau et durant l'hiver, lorsque tout est gelé et recouvert de neige, il est musher et part sillonner les environs avec sa meute. Les chiens de traîneau l'ont amenés à quitter sa France natale pour venir s'établir ici. C'est sa passion et son mode de vie depuis des années et la Norvège par son grand froid hivernal et ses grandes étendues est un terrain de jeu quasiment sans limite pour pouvoir s'entrainer et s'adonner à la compétition. Avec Stéphanie, il fonde il y a quelques années Escapade Norvégienne et propose à ceux qu'ils le désirent des activités hivernales avec les chiens. Plus tard, il se découvre une nouvelle passion, celle de la pêche à la mouche. Durant la belle saison, la région est particulièrement propice pour cette activité. La Glomma, mais aussi d'autres affluents plus petits, regorgent d'ombres et de truites. Les lacs innombrables contiennent des perches, corégones et autres brochets de tailles respectables parait-il. Après le petit-déjeuner, nous prenons notre matériel, on monte dans les voitures de location et suivons Jean-Philippe avec son pick up blanc. Après avoir roulé une bonne vingtaine de minutes, nous empruntons un pont qui passe par-dessus la rivière et juste après, il enclenche son clignoteur à droite. On plante sur les freins pour le suivre et nous nous arrêtons sur une place de parque en gravier. On arrête les moteurs. C'est ici qu'on va pêcher aujourd'hui, à deux pas de Telneset. Cette partie de la haute Glomma est gérée par Kvennan Fly Fishing en barbless hooks only et fait seize kilomètres environ. La capture d'un seul ombre par jour est possible mais une fenêtre de capture autorise uniquement de conserver un poisson entre trente-cinq et quarante centimètres.


Un bel ombre de la Glomma
C'est le premier jour et bien entendu il faut retrouver ses marques en déballant le matériel fraichement sorti des bagages. On est venu pêcher en Norvège et on y est pour de bon maintenant! On ressent de l'excitation dans le groupe parce que sur le moment, il n'y a rien de plus agaçant que de ne pas trouver n'importe quel type d'objet indispensable à l'activité qui nous a amené ici... Jean-Philippe nous explique que cela fait un bail qu'il n'a pas plu et que la Glomma est très basse pour la saison. Comme dans toute l'Europe, il fait anormalement chaud dans cette région de la Norvège et la pluie n'est pas tombée sérieusement depuis des semaines. Il nous conseil de monter des pointes en 12/100. Finalement tout le monde a retrouvé ses affaires, mis de l'ordre et est prêt. Les cannes sont toutes montées et nous partons maintenant en direction de la rivière en passant par le petit sentier bien marqué par les pêcheurs nous ayant précédés durant la saison. On arrive au bords de l'eau et là, c'est un peu la déception.


Il y aussi de belles truites mais elles sont largement minoritaires
La rivière est large est peu profonde. L'eau est claire et le fond est constitué d'une myriade de petits galets bruns-roux. Le monumental lisse qui s'étend devant nous est déroutant tellement il est lisse! L'eau ne coure pas et il n'y a pas de gobages. Un vrai miroir! Mais on le comprendra parfaitement durant le séjour, la densité d'ombres est énorme et ils sont partout. Dans les fosses profondes, dans les courant rapides ou dans les radiers ridiculement peu profonds. Au début, on pense qu'ils sont de l'autre côté, près de la rive inatteignable d'en face mais en restant simplement cinq minutes sagement sur la berge ou un peu dans l'eau, on s'aperçoit soudain que les poissons sont tout près des bordures et se mettent même dans le sillage que l'on fait dans l'eau! Dans certains bras tranquilles, des petits courants abritent parfois plusieurs ombres de quarante ou quarante-cinq centimètres. Au fil de la semaine, nous apprenons à lire cette rivière qui semble juste trop grande de prime abords et qui est même par endroits constituée d'îles et d'herbiers. Ces herbiers justement sont de véritables pépinières et on y trouve des vairons en pagaille mais aussi des petits bancs d'ombrettes. La haute Glomma, c'est l'abondance et les poissons sont tous issus du frai naturel.

Le premier jour sur un radier prolifique

Nous faisons le bilan de cette première journée et tout le monde a eu du succès. Pour ma part, je n'ai utilisé qu'une seule mouche sèche et il s'agit d'un modèle en CDC de Marc Petitjean acheté chez lui le jour de mon départ pour l'aéroport de Zurich! Une MP67 montée sur un hameçon de 14. Cette mouche au corps brun et aile blanche imite un chiro mais aussi, à mon humble avis, parfaitement une fourmi.

La MP67 fonctionne à merveille!
Nous rentrons à la ferme isolée dans la campagne près d'Hodalen et passons d'agréables moments autour de la table à manger à déguster les délicieux plats cuisinés par Stéphanie accompagnés de bons vins rouges français. Tout le monde a une histoire ou une anecdote sympa à raconter et l'ambiance est particulièrement conviviale. C'est assez incroyable mais dans ce groupe, nous sommes quatre à avoir été en Alaska et avec Bernard et Catherine Thompson et aussi Jérôme Muffat d'Alaskaevasion s'il vous plait! Un truc de dingue!

L'équipe à la recherche d'un bon coin. Jean-Philippe en tête.

Durant cette semaine, nous nous attarderons souvent sans le remarquer dans la salle à manger car la Norvège se trouve sous des latitudes où la nuit n'a pas encore sa place à la fin juillet. Sous la fatigue et l'ivresse nous regagnons joyeusement nos couettes dans une légère pénombre encore adoucie par la lune montante et avec les encouragements des chiens qui se mettent à hurler sans raison évidente pendant cinq ou dix minutes. Finalement ils s'apaisent, le silence reprend ses droits et cela renforce encore l'impression d'être au bout du monde.

Les postes de pêches sont magnifiques
La météo fut exceptionnellement douce durant toute la semaine et les doudounes et autres habits chauds furent totalement inutiles. Bien entendu, les jours se suivirent et ne se ressemblèrent pas et les ombres de la Glomma ne manquèrent pas de nous le rappeler. Mais il faut relativiser tout de même car de beaux poissons dans les épuisettes il y en a eu tous les jours et en quantité.

De droite à gauche: Stéphanie, Olivier, Jean-Philippe et l'enfant des neiges Sophie, Guy, Daniel, Claude, Dominique et moi!
Un matin, en pêchant sur un tronçon à nouveau prolifique, j'observe un animal qui sort de l'eau et se déplace sur la berge et qui replonge dans l'eau puis revient sur la berge. J'observe ce va-et-vient et je mets du temps à le réaliser, mais il s'agit bel et bien d'une loutre! C'est dire le potentiel de la rivière...

Angelo

Quelques liens utiles:






jeudi 21 juin 2018

Les trésors de la Slovénie

Michel sur la haute Soca en dessus du village du même nom
C'était il y a déjà maintenant quelques semaines, je suis allé en compagnie de Denis, Michel et Mauro le surnommé ''Toto'' à la Vila Noblesa, chez Branko Gasparin. A nouveau, nous sommes partis en Slovénie dans la joie et la bonne humeur, avides de pêcher des truites toutes longues comme le bras. Parmi l'Idrijca, la Sava, la Soca et la Lepena, nous avons eu l'occasion de découvrir la Sora ainsi qu'un fameux chalk stream, l'Unica.

Une marmorata de la Soca
Pour les férus de pêche à la mouche sèche, cette semaine fut difficile car les nombreux orages qui débutèrent déjà en milieux d'après midi sonnèrent cruellement le glas des coups du soir qui peuvent être incroyablement productifs avant l'arrivée de la nuit. Malgré tout, nous sommes tous arrivés à tirer nos épingles du jeu et cela fut surtout vrai pour Denis et Toto qui eurent beaucoup de succès à la nymphe avec une nouvelle arme fatale dénommée ''l'élastique''. C'est à dire, la fameuse nymphe San Juan Worm! Avis aux amateurs, elle fonctionne à merveille!


Un bel ombre de la Sora pris en sèche
J'eu un plaisir immense à découvrir l'Unica. Ce chalk stream situé dans une zone karstique est au milieu d'une grande plaine magnifiquement préservée et elle regorge d'ombres. La rivière se déverse dans le basin versant du Danube et les truites qui habitent les lieux sont des farios. Elle coule paisiblement et les berges, consolidées par endroits par des arbres majestueux, sont abruptes. Dans la clarté incroyable de l'eau, on y voit des dizaines d'ombres. Mais alors, il n'est pas facile de les leurrer. Étonnamment, les dizaines de mouches de mai présentent ne les intéressaient pas. J'eu du succès avec une imitation d'une petite mouche de pierre présentée dans le film de l'eau.


Une mouche de pierre de la Lepena
Michel en pleine action sur la Lepena
Le dernier jour, je le fis sur le ''Trophy Zone'' de l'Idrijca. Et ce jour là, ou plutôt le coup du soir, fut parfait. Pas d'orage, une éclosion d'éphémères massive et des truites super actives! La rivière bouillonnait tellement il y avait de truites qui gobaient. Je ressens encore cette adrénaline qui monte et surtout ces battements sur mes tempes à la vision des silhouettes si caractéristiques des truites proches de la surface. Elles étaient toutes prêtes à jaillir lorsque un malheureux insecte ailé passait à leur portée. Tout semblait s'accélérer face aux innombrables gobages, et il me fallut gérer ce stress qui aurait pu tout faire rater. Le choix de la mouche, le positionnement, les contres courants qui peuvent faire draguer l'imitation, l'éventuel satané arbre derrière soi, le bas de ligne qui ne doit pas avoir de nœuds... Dans mon for intérieur, je me dis qu'il ne fallait pas tout faire rater sous la pression. Face à la chance qui m'était offerte, je pris mon courage à deux mains parce que c'était maintenant, ou jamais! Alors je pris toute l'expérience de toutes ces années passées au bord de l'eau pour que toute cette passionnante folie converge avec le succès. Et ce soir-là changea complètement les conclusions de la semaine de manière positive!

Une marmorata de l'Idrijca sur le Trophy Zone
Depuis que je vais en Slovénie, cette semaine de pêche fut la plus difficile de toutes mais ce dernier coup du soir sur l'Idrijca et surtout la découverte de cette merveille qu'est la rivière Unica, me réconforte. Cela me réconforte parce qu'à une journée de route de chez moi il y a encore des écosystèmes remarquables et uniques. Certes, il sont certainement aussi perturbés par la pression humaine mais il me semble que la faune aquatique est encore viable. Espérons que les Slovènes auront suffisamment de clairvoyance afin de préserver durablement cette belle nature face au dogme du développement économique. Alors? Une nouvelle virée l'année prochaine? Pourquoi pas!

Angelo